C'est dingue combien le ciel peut avoir une gueule de paradis quand un bête rayon de soleil parvient à traverser le magma nuageux. Il est jaune sale, ce ciel-là, jaune sable, un peu gris, un peu trop foulé par les pieds des touristes, un peu marée haute en plein hiver, ça ferait presque mal au cœur. Il a un petit côté écrasant que tu parviens pas à t'expliquer, et dans le fond tu t'en fous pas mal.
Tu rabats ta capuche sur ta tête et t'enfonces tes mains dans tes poches. Ça va te faire une trotte pour rentrer, t'es plus à ça près. T'étais vraiment loin hier soir, là en bas tout au fond du gouffre, t'as dégringolé les marches à l'envers jusqu'aux nuages de fumée, clope ou brouillard tu sais plus trop. T'as pris le TGV, une fois de plus, t'es parti trop vite, t'as pas vu les regards que tu laissais derrière toi. Maintenant t'as plus qu'à retrouver ton chemin jusqu'à chez toi, Petit Poucet.
Ce matin c'est Byzance dans ton crâne, aucune envie de rentrer rien que d'imaginer la tête de la vieille quand elle te verra sur le pas de la porte, mais te leurre pas, t'as besoin d'aspirine, et vite fait avec ça. Tu shootes dans une canette vide, essuies rageusement une goutte vagabonde qui s'égare sur ton nez, écrases quelques feuilles mortes dont tu hais tellement les crissements d'enfants perdus. Journée pourrie, ville pourrie, tu t'étalerais bien sur un banc comme un clochard parce que tu sais déjà que c'est comme ça que tu finiras et t'en as rien à foutre.
Tu joues avec ton portable sans batterie au fond de ta poche, tu te construis un monde de et si consciencieusement triés par ordre décroissant de probabilité, et si un pote passait par là en bagnole pour te ramener chez toi, et si ta vieille avait brusquement décidé de s'inquiéter, et si tu te faisais payer un taxi, et si une ligne de bus passait d'un coup miraculeusement près de chez toi… L'un dans l'autre tu te résous à marcher. Au moins ça te fera décuver.
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