17 août 2014

Ce monde est un cirque. Un immense cirque tout rouge et noir, bien glauque, bien morbide, avec tellement de cadavres dedans que ça en déborde. Et puis ça pue.

Un pas… Un autre… Plic, ploc…

Pas un regard pour le vide sous mes pieds. De toute façon je m'en fiche.

À quoi bon ? Un refrain entendu déjà cent mille fois. Et puis ? Ça a changé que dalle.

Ça aurait pu changer quoi ? Que dalle.

Que dalle.

Alors va te faire foutre là où t'es et laisse-moi là où j'suis. Laisse-moi foutre ma vie en l'air si j'en ai envie. Ça changera quoi à ta petite vie ?

Que dalle. Ben oui.

C'est toujours pareil, alors merde.

Encore un pas. Encore un. J'aime ça. J'aime ça plus que tu m'as aimé.

T'avais pas le droit. Et moi, je suis quoi ? Rien ? Une chiure de mouche ? Un passe-temps ?

Merde.

Je vois même plus net. À cause de la pluie.

C'est haut, c'est bien, c'est bon. J'aime ça. L'adrénaline. J'ai le cœur qui bat à deux cents à l'heure. C'est jouissif. Autant qu'avec toi. Merde, tu vois où tu m'amènes ? Non tu vois pas, forcément, tu t'en fous de moi.

J'ai compris que dalle à tes histoires de con. Que t'allais vivre avec une meuf. Que c'était plus convenable. Que c'était mieux pour le boulot.

Laisse-moi me tuer tout seul. Je suis grand, hein, je suis capable de le faire tout seul encore, même si c'est toujours sympa de donner un coup de main. 

T'as pigé que dalle à mes problèmes. T'as cru que j'étais suicidaire. Je sais pas si je l'étais, j'suis sûr que tu me l'as rendu. T'as cru qu'j'étais schizophrène. Ça t'arrangeait bien faut dire.

Tu fais chier connard !

Et putain que gueuler ça fait du bien. Oh oui, ça fait du bien, tellement. Ça libère. Ça rend plus léger. Comme si je pouvais marcher sur l'air. J'ai bien envie d'essayer faut dire.

Un petit tour. Encore un. Puis un pas. Et un autre. Et plic, et ploc, la pluie qui tombe.

Un refrain entendu cent mille fois. Celui de la pluie. Il varie pas avec le temps. Elle a pas l'air de se lasser. Moi je me suis lassé de tes vagues mensonges faits pour soulager ta putain de conscience en envoyant chier la mienne. J'étais quoi pour toi ?

Que dalle.

Et ça me tue de m'en rendre compte si tard. Ça me tue, et comme j'aime faire les choses proprement, je vais me tuer pour toi, graver ton nom avec mon sang dans le bitume en bas. Morbide ? Ouais, t'aimais pas ça. Moi si.

Y'avait que dalle qui allait entre nous. Je sais même plus comment je faisais pour supporter ta sale gueule de rat puant à longueur de journée. Et ton sourire hypocrite qui semblait s'adresser à un clébard trop con pour piger la moitié des insultes que tu lui crachais. Sauf que j'ai jamais été un putain de clebs. Mais ça, tu t'en es rendu compte trop tard.

Ça me fait même marrer de penser à toi maintenant. Tu m'as jeté comme une lavette sale alors que j'aurais dû partir bien avant que tu m'envoies paître comme ça. Y'avait aucune putain de bonne raison pour que je reste. Et pourtant je l'ai fait. Je suis con.

Y'a que dalle qui me plaisait chez toi. À peine le physique. Les goûts, merci bien, j'ai saturé. Et l'humour, on repassera. Merde, t'étais nul, t'étais chiant, t'étais jaloux, t'étais bourré de défauts jusqu'à m'en faire vomir. Comment j'ai fait pour te supporter ? Aucune idée. Je sais juste ce que je dois faire pour me libérer de toi.

Là, un pas sur le côté, un autre qui suit, un pied puis l'autre, comme un funambule sur son fil un peu trop détendu, un peu trop lâche. Détendu, je le suis, mais pas lâche. J'aime cette sensation du vide qui m'appelle, ouvre ses grands bras noirs et froids là, tout en bas, où vient se réfugier la pluie.

Sauter. 

L'idée est là. J'ai qu'à la suivre.

Sauter. 

Un pas. Et un autre.

Sauter.

Y'a pas de barrière. Pas de souvenirs. Y'a que dalle pour me retenir.

Que dalle.

Une fille ! Merde, tu m'as plaqué pour une fille !

Tu mérites même pas que je chiale pour toi. Je te hais. Et je te souhaite tout le malheur du monde dans ses bras.

Le vide m'appelle, je l'entends. Toi aussi tu l'entends. Je sais que je vais finir là-bas, sans prendre l'ascenseur. Je vais avoir droit à la vision accélérée de ma chute grandeur nature. La chute d'une idole. Oh que c'est ironique. C'était comme ça que tu m'appelais quand tu jouissais. Mon nom au bord des lèvres et l'orgasme au bord du vide.

Je regarde fixement en bas. Là, tout en bas de l'immense gouffre si tentant, si avide de m'avoir moi, ma vie, mon cœur, mes souffrances, ma tristesse, mes larmes, ma hargne, ma jalousie, ma rancune, tout ça, tout ce qui est mauvais en moi, tout ce qui déborde comme une coupe trop pleine. Je sens déjà certains de mes sentiments m'échapper pour rejoindre le fond. Ils me précèdent. Je serai pas tout seul en bas.

Que dalle.

Y'a que dalle d'humain en moi. T'aimais bien me le rappeler avec un petit sourire au coin des lèvres, l'air de dire que je t'appartenais parce que ma vie était pas normale. Et moi je t'enculais encore plus profondément, avec mon sourire malsain, parce que j'aimais bien te faire mal, et peut-être aussi parce qu'au fond c'était pas mauvais. Ha ! Elle va aimer, la fille ! T'as pas l'habitude de cette place-là.

Sauf que là, c'est toi qui m'as enculé.

Salopard de merde. Ouais je te haïssais. Au fond je m'en fous. Je vais mourir là. C'est apaisant comme idée. Plus que de me retrouver dans tes bras en tout cas.

J'ai les orteils dans le vide. Juste encore cinq centimètres. Comme pour plonger dans la flotte. Une mer salée, de mon sang et de mes larmes. J'en ai chialé. Chialé comme une pauvre meuf plaquée par son mec. Presque. Juste que je suis pas une meuf. Ou pas vraiment.

Et après ? Je l'ai déjà entendu cent mille fois, ce refrain, ce c'est pas naturel balancé avec une magnifique grimace de dégoût. Je croyais que tu comprendrais toi. Mais au final t'as compris que dalle de mes problèmes.

T'as jamais été que le dernier à rien comprendre. Juste le dernier. Juste la goutte qui fait déborder le vase, qui me fait déborder et me fait tomber là, tout au fond du gouffre qui attend que moi. T'entends ? Même le vent, il me dit de me lancer. Il a pas tort.

Ça m'avancera à que dalle de ruminer contre toi. T'as juste été le pauvre gars qui a eu la mauvaise idée de me larguer. Même si je te hais, même si je te haïssais du plus profond de mon cœur. Même si je t'aimais peut-être un peu quand même. Même si j'ai été fou amoureux de toi. Même si t'as brusquement décidé de virer de bord. Comme si une fille pouvait te faire bander. Ah t'es con. Pédé jusqu'à la moelle, c'est beau de rêver. Elle va déchanter la meuf. Ou elle va bien rire. Et toi tu te diras qu'au fond c'était pas si mal avec moi. Même si parfois j'te mordais un peu trop.

Et là je me dis que, peut-être, si t'arrivais comme ça, là, derrière moi, sans bruit, que tu me prenais dans tes bras et que tu me serrais fort contre ton torse en t'excusant et en chialant un peu, peut-être qu'au fond je sauterais pas. Peut-être que ça vaudrait la peine de rester encore un peu pour voir comment tu réagirais. Pas que tu m'aimes de toute façon, ça j'ai pigé à force. Pas que j't'aime non plus en fait. Juste que, ben, c'était pas si mal. Même si on se prenait la tête comme des forcenés. Même si on se battait vraiment pour des conneries.

Je pige que dalle. Y'a plus rien qui sonne juste dans cette espèce de fausse pièce de théâtre que je me joue à moi-même depuis trois jours. Mais j'ai tellement envie de crever, là, comme un chien dans la rue. Je sais déjà que mon cœur est au fond, y'a juste le reste qui attend pour sauter. Et pourquoi j'hésite alors ? T'es qu'un sale connard, tu mérites même pas que je t'accorde mes dernières pensées.

Y'a personne qui mérite mes dernières pensées. Peut-être juste mon chat. Pauvre bête. Même lui il s'inquiétait plus que toi quand je rentrais tard. Toi, tu t'en foutais, mais complètement. J'aurais pu aller enculer quelqu'un d'autre, qu'est-ce que t'en avais à foutre ?

Que dalle.

Comme moi j'en ai que dalle à foutre de toi maintenant. Alors merde.

L'appel est fort. Puissant.

Et je fais ce pas qui me fait plonger dans les bras du gouffre.

Parce que tu m'as brisé.

Parce que sans toi je suis plus rien.

Parce que j'peux pas supporter de penser que t'en as rien à foutre de moi.

Parce que je t'aime, bordel.

Même si je te l'ai jamais dit.

Et parce que je sais que tu m'aimais.

Même si tu me l'as jamais dit.

On s'est dit que dalle.

Que dalle.

2 commentaires:

  1. Tranche-moi directement la trachée-artère, ce sera moins douloureux.

    J'sais pas d'où te vient toute cette rage... Comme quoi je serai jamais assez préparée...

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  2. C'est un vieux truc qui date de l'époque où je croyais que la violence et la vulgarité me permettraient d'exorciser un tant soit peu mes démons intérieurs. Et j'en ai des pires sur mon disque dur. L'adolescence, ça m'a ravagé les tripes.

    Et je te trancherai rien du tout mon pépé prunelle de mes yeux, j'ai encore bien trop besoin de toi pour abréger tes souffrances comme ça <3

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